Uber Chanteur

 

J'étais un chanteur en galère qui ne gagnait pas de pognon.

Un jour de grâce j'ai découvert l'application Uber Chanson.

Enfin l'horizon s'est ouvert, j'ai dit « fini d'être précaire !»

Je suis auto-entrepreneur pour le pire et pour le meilleur.

 

Il est cinq heures, Paris s'éveille, une bonne soeur n'a plus sommeil.

Elle en pince pour Jacques Dutronc, je saute dans mon pantalon.

Ensuite je file à Montfermeil, des insomniaques réclament du rap.

Je mets ma guitare au placard, ma clé USB dans mon sac.

Après je trace à Montparnasse, un brestois veut des chants bretons.

Je fonce sous un temps dégueulasse, la tête dans le guidon.

 

Mon prénom c'est Hubert, je suis Uber Chanteur,

Où que vous soyez, je peux venir vous chanter

Un couplet, mineur, un refrain majeur,

Une guitare dans le dos, à toute heure sur mon scooter.

 

A 12h30 dans la cantine de l'école maternelle Dolto,

Je restitue quelques comptines pour une quarantaine de marmots.

Dans l'restaurant d'une entreprise, à la demande du CE,

Affamé, j'enchaine les reprises devant l'personnel malheureux.

J'ai une demande de St Cloud, d'un nostalgique des chants nazis.

Je réfléchis, je reste flou, j'lui dit que je suis pris.

 

Mon prénom c'est Hubert, je suis Uber Chanteur,

Où que vous soyez, je peux venir vous chanter

Un couplet, mineur, un refrain majeur,

Une guitare dans le dos, à toute heure sur mon scooter.

 

L'après-midi, porte de Choisy, avant là-bas j'étais honni.

Depuis que je chante en chinois, on m'accueille sous les hourras.

En haut de la butte Montmartre, on veut du Benjamin Biolay.

Je monte les marches quatre à quatre, je peux chanter même essoufflé.

Puis dans l'seizième arrondissement, on m'sollicite pour une cantate,

J'enfile ma veste et ma cravate, dans tous les cas j'm'adapte.

 

Mon prénom c'est Hubert, je suis Uber Chanteur,

Où que vous soyez, je peux venir vous chanter

Un couplet, mineur, un refrain majeur,

Une guitare dans le dos, à toute heure sur mon scooter.

 

Il est 4 heures du matin, j'ai plus de voix, je suis rincé,

Je fais le bilan du butin amassé pendant ma journée.

J'ai gagné 13,50 €, c'est peu mais il faut que je rentre.

Je déconnecte mon téléphone, d'façon je suis aphone.

 

Mon prénom c'est Hubert, j'étais Uber Chanteur,

Un jour j'ai révé, d'une vie sans précarité,

Un monde de bonheur, une vie de douceur,

Une douleur dans le dos, j'attends mon Uber Kiné.

La Main de votre Femme

 

Monsieur je vous écris cette lettre les mains moites
L'affaire est délicate
Vous saurez, je l'espère, vous montrer bienveillant
Vous me voyez épris d'un être qui vous est proche
Certains me le reproche
Heureux qui sait faire fi de la bêtise des gens


J'ai rencontré la douce un matin de septembre
Le souvenir est tendre
je l'ai vue égarée qui cherchait son chemin
Bon prince j'ai couru au secours de la dame
Lui ai ouvert mon âme
Et transi lui ai dit: « Votre chemin est le mien! »


Monsieur je vous demande la main de votre femme
Nul doute, vu votre rang, qu'elle est un bon parti
De cette étrange requête ne faites pas un drame
Je serai, je le jure, un bien meilleur mari


Depuis ce jour tous deux pratiquons l'adultère
C'est un sport bien précaire
Qui, je vous le confirme, offre peu de répit
De buissons dégarnis en sales maisons de passe
Ce bel amour se cache
Lui qui n' demande qu'à grandir aux yeux d'autrui


Monsieur je vous demande la main de votre femme
Nul doute, vu votre rang, qu'elle est un bon parti
De cette étrange requête ne faites pas un drame
Je serai, je le jure, un bien meilleur mari


Sans doute pointe chez vous une légère défiance
Un brin de réticence
Mais je vous en conjure, changez de point de vue
A cer obscur non-dits préférez un amour
Qu'on célèbre au grand jour
Convenez qu'il vaut mieux être divorcé que cocu


Monsieur je vous demande la main de votre femme
Nul doute, vu votre rang, qu'elle est un bon parti
De cette étrange requête ne faites pas un drame
Je serai, je le jure, un bien meilleur mari


Monsieur je vous demande la main de votre femme
Si le coeur vous en dit vous serez mon témoin
De cette étrange requête ne faites pas un drame
Car de tous mes enfants je vous ferez parrain.

Le Prophète

 

Je suis persuadé d'avoir toujours raison
Je suis le seul à le penser, c'est con
Sur le grand altimètre de la certitude
Je culmine aux plus hautes altitudes
Ma femme m'accusait de rigidité
Du moins avant qu'elle ne décide de s'en aller
J'affirme que son départ est une absurdité
J'avais encore tant de choses à lui inculquer


Je suis le prophète
Je distille la vérité
Seul dans la tempête
De mes convictions je n'démords jamais


A mes parents je tenais tête faisant fi de leur âge
C'est p't-être pour ça que j'n'ai pas perçu d'héritage
Mes enfants me décrivent comme un père obtus
J'veux en débattre, mais bizarrement, je n'les vois plus
J'ai un p'tit perroquet qui me tient compagnie
Il m'est fidèle et jamais ne me contredit


Je suis le prophète
Je distille la vérité
Seul dans la tempête
De mes convictions je n'démords jamais


Le matin me rasant il m'arrive de penser
à tous les sots auxquels je me suis opposé
Et tout à coup ça y est, j'ai une révélation
J'ai p't-être eu tort d'leur montrer que j'avais raison


Je suis le prophète
Je distille la vérité
Seul dans la tempête
De mes convictions je n'démords jamais
C'est lui le prophète
Il distille la vérité
Seul dans la tempête
Je bannis le doute à jamais.

Le Caïd

 

Il avait la gâchette facile

Le verbe acerbe, l'allure mutine

Il s'était érigé en monarque du crime

Dans les bars du vieux port on s'en souvient encore

Il était vraiment pas bien né

Fils de l'ennui et du vin bon marché

Il aurait pu prétendre à plus de bienveillance

Dès la plus tendre enfance il rêvait de revanche

Un beau jour tout a basculé

Elle lui a dit: « mon vieux j'me casse »

Elle avait pas choisi un jour approprié

On quitte pas un caïd la veille d'un gros casse

 

Son sang une seule fois a tourné

Au nez la moutarde est montée

Comment ne pas punir pareille trahison?

On traite pas un caïd comme le dernier des cons

 

Poigne de fer, sourire militaire

Sur le corps, les traces d'un séjour en enfer

Un regard de tueur, des cuisses de catcheur

Une pierre en lieu et place du coeur

 

On l'a revu un peu plus tard

Après quelques heures de mitard

Il s'était fait la belle au nez de son maton

On ne tient pas longtemps un caïd en prison

 

Il est revenu aux affaires

Hold up, arnaques et vielles combines

Mais ces activités ne semblaient plus lui plaire

On voit des gros caïds souffrir de la routine

 

Poigne de fer, sourire militaire

Sur le corps, les traces d'un séjour en enfer

Un regard de tueur, des cuisses de catcheur

Une pierre en lieu et place du coeur

 

Un jour au crime il a mis fin

Il est même rentré dans les ordres

Il a sans doute reçu un message divin

Au caïd repenti ne jetons pas l'opprobre

 

Aujourd'hui pendant ses sermons

Il est parfois pris de pulsions

Il rêve de dépouiller ses fidèles pèlerins

On change pas un caïd du jour au lendemain

 

Poigne de fer, sourire militaire

Sur le corps, les traces d'un séjour en enfer

Un regard de tueur, des cuisses de catcheur

Une pierre en lieu et place du coeur.

Ceux du Fond de la Mine

Ceux du fond de la mine, rudoyés par les grands

Ceux qui font triste mine se relèveront un temps.

Ceux qui qui quittent l'usine, déboutés, humiliés,

Sur qui les forces malignes promettent de ruisseler.

      

Nous nous sommes retrouvés ici,

Femmes et hommes enfin réunis,

D'une parole nous avons prédit

Un trésor réparti.

      

Ceux qui hurlent famine et qui serrent les dents

Enjamberont l'abîme qui protège les puissants.

A vous les dix pour-cents qui jouissent impunément,

Sachez qu'aucune miette n'étouff'ra la tempête.

      

Nous nous sommes retrouvés ici,

Femmes et hommes enfin réunis,

D'une parole nous avons prédit

Un trésor réparti.

Et toutes les foutaises des boys de Chicago,

Qu'on les jette à la braise, qu'on leur fasse la peau.

Ceux du fond de la mine, rudoyés mais vivants

Chantent le chant du cygne du pouvoir de l'argent.

J'hésite

 

J'avais un projet de chanson
Traitant de procrastination
Mais ne trouvant pas de refrain
Je l'ai remis au lendemain


J'avais un projet de pamphlet
Sur les méfaits d'l'indécision
J'ai fini par y renoncer
Après des mois d'hésitation


Depuis le début j'ai du mal
A m'imposer, me montrer ferme
Je suis né sous péridurale
Plusieurs semaines après le terme


J'hésite, j'évite, parfois même je lévite
Je diffère, je me perds, souvent même j'exaspère


J'ai trouvé la femme de ma vie
Sur les bancs de l'école Jules Ferry
Un jour j'ai osé lui parler
Trop tard elle s'était mariée


J'ai pas réussi à choisir
Un métier pour mon avenir
J'aime bien la vie de lycéen
Aujourd'hui je suis le doyen


J'ai noté sur plusieurs post-it
Ce que j'dois traiter au plus vite
Les post-it sont devenus posters
J'ai encore des efforts à faire


J'hésite, j'évite, parfois même je lévite
Je diffère, je me perds, souvent même j'exaspère
Mais pourquoi ferais-je aujourd'hui
Ce que j'ai reporté hier?
Comme s'il suffisait d'une nuit
Pour qu'enfin tout en moi s'éclaire


J'ai consulté un spécialiste
Un psy comportementaliste
Il avait l'air en pleine errance
Ca m'a tout d'suite mis en confiance


Il s'est montré fort sympathique
Et m'a exposé sa tactique
Pour cesser de procrastiner
Et m'aider à me décider


J'ai trouvé ça intéressant
Je vais m'y mettre mais pas maintenant
Je me sens pris par le sommeil
Et puis la nuit porte conseil.

La Conspiration

 

Vous me trouvez là bouleversé par l'effroyable confidence
D'un vieil ami bien renseigné, à mon tour je brise le silence
Ce libre penseur insoumis d'une incroyable d'érudition
M'a révélé, preuves à l'appui, l'existence d'une conspiration


Il m'a parlé de tours jumelles détruites pas la CIA
Tandis que la thèse officielle accable le vieil Oussama
Il m'a parlé d'hommes de pouvoirs membres de sociétés secrètes
Qui délibèrent dans le noir pour se partager la planète


Il m'a décrit ces officines où l'on élabore des vaccins
assez nocifs pour qu'ils déciment des centaines de milliers d'humains
Sur ses conseils j'ai trouvé sage d'interdire la vaccination
De ma jeune fillette en bas âge: elle est morte des oreillons


Il m'a parlé de ces mouchards qu'on nous implante à la naissance
Afin que la caste au pouvoir nous tienne sous haute surveillance
D'un coup d'un seul j'ai couru, ni une ni deux je suis allé
Faire inciser toutes mes verrues, j'ai mal mais je suis libéré


Il m'a parlé d'la NSA et des écoutes téléphoniques
De ces pratiques hors la loi, franchement antidémocratiques
Pour éviter que l'on m'espionne j'ai trouvé la parade ultime
Désormais quand je téléphone, j'utilise le langage des signes


Il a cité les francs-maçons, le Grand Orient tentaculaire
Qui dans la plus grande discrétion dirigent la France d'une main de fer
J'ai licencié tous les maçons de la boîte dont je suis gérant
J'ai mis la clé sous l'paillasson, c'était une boîte de bâtiment


Puis il m'a dit que les Mayas avaient prédit la fin du monde
A trois reprises c'est vrai mais là, c'est sûr on va droit dans la tombe
J'ai rappelé tous les maçons que j'ai licenciés par erreur
Je leur ai confié la mission de me construire un p'tit bunker.

Les Rivages Amers

 

Ils cultivent les travers
Des luttes, ressortent délités
Ils bénissent les vents contraires
Ils chutent, se relèvent éméchés


Sur les rivages amers
S'invitent d'étranges passagers
Explorateurs éphémères
Ils sondent des horizons voilés


Et pourtant, lentement,
Leur message dissonant se répand
Bousculé, décrié,
Le discours dominant se distend


Ces compagnons de déroute
Consignent dans leurs carnets de bord
Les tragédies qu'ils redoutent
L'espoir, les rêves qui s'évaporent


Sur les rivages amers
S'invitent d'étranges passagers
Artisans d'une nouvelle ère,
Ils sondent l'horizon dégagé


Et pourtant, lentement,
Leur message dissonant se répand
Bousculé, décrié,
Le discours dominant se distend.

Un Homme, un Vrai

 

J'me suis pointé à la soirée
Un peu bourré, même pas rasé
J'avais la gueule enfarinée
Et l'haleine sacrément chargée
Je lui ai dit: « toi ma jolie,
Viens donc voir c'qui s'passe par ici,
Sûr qu'on t'a pas encore appris
Les plaisirs de la vie. »


J'crois qu'ça n'a pas plût à la belle
En réponse elle m'a mis une beigne
Puis elle s'est battue comme une teigne
Putain j'ai pris de ces châtaignes
Elle a enchaîné coup sur coup
Elle a même visé mes bijoux
J'ai dû prendre mes jambes à mon cou


Oh qu'il est dur d'être un homme, un vrai
Décidément le monde a bien changé


J'me suis r'trouvé à l'hôpital
L'oeil tuméfié et le teint pâle
L'infirmière était pas trop mal
Je lui ai fait mon récital
Elle m'a regardé fixement
Elle a déchiré mes pansements
Puis m'a dit de foutre le camp


Oh qu'il est dur d'être un homme, un vrai
Décidément le monde a bien changé


Un peu plus tard j'vais chez les flics
Me plaindre de violences physiques
A l'adjudante un peu rustique
J'fais des avances pas catholiques
Putain qu'est ce que j'ai pas fait là
Elle m'a collé une gauche au foie
Puis m'a j'té du commissariat
Comme un vieux scélérat


En face des flics il y a un bar
En un clin d'oeil j'suis au comptoir
La serveuse me sert mon Ricard
Là d'ssus j'lui propose un rencard
Avant même qu'elle m'ait répondu
Un videur m'est tombé dessus
M'a viré comme un malotru


Oh qu'il est dur d'être un homme, un vrai
Décidément le monde a bien changé
Oh qu'il est dur d'être un homme, un vrai
Décidément le vent a mal tourné


Je décide enfin pour me r'faire
D'aller voir une ex-partenaire
Je pense que j'peux encore lui plaire
Suffit que j'commette pas d'impair
Lorsqu'elle m'ouvre la porte de chez elle
Elle est dans les bras d'une belle
Vêtue d'une chemise arc-en-ciel
Que ce monde est cruel.

Les Mirages

(Marion Paternoster/Samuel Dequidt Bounsana)

Ce soir je sens l’odeur du monde
Ici se meurent les mirages
Ai-je passé le temps du voyage?


Dissiper l'envie de détours
Apprivoiser l'ombre alentour
De ce décor je suis l'otage


J’ai tout semé dans ce jardin
Et tout me revient
Les souvenirs enfouis en vain
Le corps et l’âme soudain s’en mêlent
Et tout me rappelle


Les étoiles sillonnent mon chemin
Je suis tranquille dans mon jardin
Tout me revient
Là… comme un parfum qui se respire
Je me souviens


Ce soir j’ai l’humeur vagabonde
Je sens l’univers et ses ondes
L'horizon se dévoile enfin


Braver la routine mortifère
Sentir l’ailleurs et ses yeux fous
Je croise le fer avec la terre


J’ai tout semé dans ce jardin
Et tout me revient
Les souvenirs enfouis en vain
Le corps et l’âme soudain s’en mêlent
Et tout me rappelle

Les étoiles sillonnent mon chemin

Je suis tranquille dans mon jardin

Tout me revient

Là… comme un parfum qui se respire

Je me souviens.

La Bague

Je géocalise ma femme, je l'avoue, j'suis jaloux.

Mon Dieu que ça me calme quand elle a rendez-vous.

J'peux savoir si elle est chez sa copine Mylène

Et pas chez l'enfoiré qui lui lit des poèmes.

 

Dans sa bague de fiançailles, un micro, un mouchard,

Un système sans faille, d'une précision rare.

J'peux savoir ce qu'elle fait à chaque instant du jour

Et si cet enfoiré ne lui fait pas la cour.

 

Je scrute sur mon écran ses allers, ses retours.

J'identifie les gens quelle côtoie tous les jours.

J'peux savoir si elle est bien chez l'esthéticienne

Et pas chez l'enfoiré qui lui dit des "je t'aime".

 

Aujourd'hui je panique, ma femme s'en est allée.

Sur la nappe en plastique je vois sa bague briller.

A côté, une lettre m'est adressée

Et je lis que peut-être, j'devrais me faire soigner.

 

Il y a déjà trois mois que ma femme m'a quitté,

J'l'imagine dans les bras de ce bel enfoiré.

J'en ai pris mon parti et je préfère en rire,

Avec cet abruti, elle n'a aucun av'nir.

 

Depuis j'ai rebondi et j'ai fait la rencontre

D'une jolie Emilie, oh j'y trouve mon compte!

Séduisant, détendu, je l'honore de mes blagues

Et le moment venu, j'lui offrirai la bague.

Mon Enterrement

Avant mon enterrement, je souhaiterais faire dans

Une grande clairière ou un champs, un bordel d'enfer géant.

Avant que j'finisse en poussière, que mes cendres glissent sur les mers,

J'aim'rais qu'on remplissent de bière toutes les piscines de la terre.

Avant que je casse ma pipe, j'achèterai de la dynamite

Et ces interdits qui m'habitent, je les réduirai en petites pépites.

      

Mais du paradis ou d'l'enfer, j'ai bien une idée de ce que j'préfère

Et pour échapper aux prières, j'suis prêt à payer six mois de salaire.

Mais du paradis ou d'l'enfer, j'ai bien une idée de ce que j'préfère

Et pour le repos éternel, j'offrirai mon bas de laine.

      

Pendant mon enterrement, ricanant sous un linge blanc,

J'écout'rai l'abbé récitant la liste exhaustive de tous mes enfants.

Après mon enterrement, quand je n'serai plus que du vent,

Plus léger j'espère que maint'nant, toutes mes pensées iront aux vivants.

      

Mais du paradis ou d'l'enfer, j'ai bien une idée de ce que j'préfère

Et pour échapper aux prières, j'suis prêt à payer six mois de salaire.

Mais du paradis ou d'l'enfer, j'ai bien une idée de ce que j'préfère

Et pour le repos éternel, j'offrirai mon bas de laine.

 

Après mon oraison, accompagné d'anges ou démons,

Nous clam'rons en choeur cett' chanson, truffée, j'en conviens, de rimes à la con.

Une fois acquitté d'ma dette, selon le verdict du Grand Architecte,

S'il me libère vite de toute hypothèque, promis j'vous invite à ma fête.

Mais du paradis ou d'l'enfer, j'ai bien une idée de ce que j'préfère

Et pour échapper aux prières, j'suis prêt à payer six mois de salaire.

Mais du paradis ou d'l'enfer, j'ai bien une idée de ce que j'préfère

Et pour le repos éternel, j'offrirai mon bas de laine.

Les Normes ISO

Dans un moment de désespoir

J'ai branché ma télévision

C'était l'heure du journal du soir

J'ai suivi les informations

Je regardais d'un oeil distrait

Le sujet sur les cachalots

Quand soudain ils ont diffusé

Un dossier sur les normes ISO

 

Ils ont affirmé que ces normes

Etaient des gages de qualité

J'ai rêvé d'un monde conforme

Où l'on aurait tout certifié

Ce fut une révélation

Comme y en a peu dans l'existence

Et à la normalisation

J'ai choisi d'prêter allégeance

 

J'ai commencé par mon épouse

Je l'ai toujours trouvée trop grande

Elle fait un mètre quatre-vingt-douze

C'est beaucoup trop pour une normande

Je lui ai raboté les pieds

Au début ça lui a pas plu

Mais une fois normalisée

Elle s'est très vite détendue

 

 

J'ai enchainé avec mon fils

Ce grand ado dégingandé

Il a la peau pas vraiment lisse

Et le visage truffé d'acné

Il a tout d'abord protesté

Quand j'lai travaillé au cuter

Depuis qu'il est normalisé

Auprès des filles il fait fureur

 

Les normes ISO ont bouleversé ma vie

Dans le chaos, elles sont source d'harmonie

J'me suis occupé de mon chien

Quand j'dis mon chien il faut l'dire vite

Il a vraiment pas l'air malin

Avec ses deux oreilles qui r'biquent

J'ai cru qu'il allait me bouffer

Quand j'l'ai travaillé au burin

Depuis qu'il est normalisé

C'est la star des concours canins

 

Je m'en suis pris à mon voisin

Un genre de beatnik attardé

Le style de gars qui le matin

Fait du yoga au lieu d'bosser

J'me suis chargé de le coiffer

Je lui ai fait une coupe ISO

Depuis qu'il est normalisé

Il a retrouvé du boulot

 

Les normes ISO ont bouleversé ma vie

Dans le chaos, elles sont source d'harmonie

 

Une fois que j'en ai eu fini

De mettre tout le monde à la norme

J'me suis quand même demandé si

J'étais moi même bien conforme

J'ai foncé au centre de santé

Au volant de ma grosse bagnole

Au lieu de me normaliser

On m'a passé une camisole.

Exilé

 

J'ai abandonné mes frères, échappé à la misère,

J'ai vogué sur les mers, traversé les frontières.

J'ai renié ma patrie, dit adieu à ma fratrie,

Dans ma Lamborghini, j'ai rejoint l'Italie.

      

Comme un exilé, de sa terre natale,

Mais j'ai pas cherché à fuir la famine ou la sècheresse,

Je suis exilé, exilé fiscal,

Moi ce qui m'a fait souffrir, c'est ce fameux ISF.

      

J'ai emprunté l'Eurostar, j'ai travaillé tard le soir,

Veillé de longues nuits, au coeur de la City.

Survivant de fish and chips, j'ai nargué l'agent du fisc,

J'ai rêvé du Brexit, souvent pris de panique.

      

Comme un exilé, de sa terre natale,

Mais j'ai pas cherché à fuir la famine ou la sècheresse,

Je suis exilé, exilé fiscal,

Moi ce qui m'a fait souffrir, c'est ce fameux ISF.

.

Je déclare la guerre et m'oppose à toute forme d'impôts.

J'tuerais père et mère pour échapper aux services fiscaux.

Je déclare la guerre et m'oppose à toute forme d'impôts. 

Je rêve d'un monde sans fiscalité.

 

J'ai sillonné la Belgique, j'y ai semé mes pépites,

Dans la ville de Bruxelles, je me suis fait la belle.

J'ai caché mon p'tit butin dans les faubourgs de Dublin,

Abreuvé de Guinness, j'ai triplé ma richesse.

 

Comme un exilé, de sa terre natale,

Mais j'ai pas cherché à fuir la famine ou la sècheresse,

Je suis exilé, exilé fiscal,

Moi ce qui m'a fait souffrir, c'est ce fameux ISF. 

Le Viager

 

Salut à toi l'ami, toi qui a fait l'acquisition

En viager de ma maison, je viens t'apporter des nouvelles

De cette maladie, qui de mon corps, a fait son nid

Sans mon accord, il va s'en dire, je me porterais mieux sans elle

 

Comme tu l'avais prédit, je vis ma dernière saison

Il est temps de faire tes cartons, il me reste quelques semaines

Tu te frottes les mains, toi qui spécules sur ma fin

Tu te réjouis de mon déclin, en voilà une aubaine

 

Ah, mes amis, je m'en vais

Tout est fini, mon heure a sonné

 

Je te veux respectueux, de cette paisible demeure

Qui des années fit le bonheur, de tant d'âmes, d'êtres chers

Si tu en as l'envie, n'hésite pas à déterrer

Les arbres qui n'ont pas donné, tu auras du bois pour l'hiver

 

Mais surtout je t'en prie, ne touche pas à ce bel hêtre

Qui a vu grandir mes ancêtres de sa cime éternelle

Tiens toi loin du lilas, de pères en fils, nos canins

L'ont gratifié de leurs besoins, la nature est cruelle

 

Ah, mes amis, je m'en vais

Tout est fini, mon heure a sonné

 

Me revoilà l'ami, je suis au regret de te dire

Que je suis en train de guérir, loin de moi ce destin funeste

Je te sens médusé mais il faut te faire à l'idée

Mes obsèques sont ajournées à jamais, je l'espère

 

Cependant rassure-toi, cette maison je t'en fais don

Sache qu'en effet j'ai l'intention de partir et changer d'air

Je m'en vais retrouver l'infirmière qui me seconda

Dans ce pénible et long combat, Dieu qu'elle est douce et belle

 

Ah, mes amis, je m'en vais

Vous l'ai-je dit? Je vais me marier

Ah, mes amis, je m'en vais

Tout est permis au coeur passionné.

Terre Lointaine

 

J'ai rêvé d'une terre, une terre lointaine

J'ai goûté ses mystères, ses légendes anciennes

J'ai croisé quelques frères assis l'âme en peine

Qui bravaient la misère, la galère quotidienne

 

"Eh Papa, pas si vite, viens te joindre à nous

Dis nous c'que tu fabriques sur cette terre de fous

Prends place à notre table, le vin de palme est doux

C'est un compagnon fiable qui amortit les coups."

 

J'ai vidé verre sur verre en leur compagnie

Irradié de lumière et de leur poésie

Résignés et amers, invoquant le divin

Ils tentaient de faire taire le chagrin dans le vin

 

"Eh Papa, raconte nous comment c'est chez toi

S'agit-il d'un pays où les hommes ont des droits?

Es-tu prêt à sortir tes frères de l'embarras? 

Pourrais-tu accueillir tes cousins de Brazza?"

 

J'ai rêvé d'une terre couchée sur un trésor

Une terre lointaine éprouvée par les luttes

Un pays où prospère le clan de l'homme du nord

Bien mal acquis pourtant ne saurait profiter

 

J'ai quitté une terre parcourue de racines

Tiraillé, pas très fier, de ma modeste dîme 

J'ai pris la voie des airs vers ma douce routine

Désormais dans la tête un vaste et beau projet: mon unité.

Tristes Abords

 

Un jour pour te plaire j'ai perdu le nord

Un genou à terre je me remémore

La hache qu'on déterre, les griffes qu'on ressort

Puis l'estime qu'on perd, la poussière qu'on mord

 

Ma solitude est d'or

Sous ses tristes abords

 

Un matin d'hiver j'ai suivi ta trace

Ivre de chimères, échoué dans l'impasse

Comme un va-t-en guerre, la douleur tenace

Soldat tributaire de tes volte-faces

 

Ma solitude est d'or

Sous ses tristes abords

 

Un jour de lumière j'ai posé mes chaines

Sursaut salutaire, le désir m'entraine

L'étau se desserre, l'envie se fait reine

Le corps se libère, l'avenir m'emmène

 

Ma solitude est d'or

Sous ses tristes abords.

Le Swing du Marché

Aujourd'hui dimanche c'est le jour du marché
Sur toutes les places de France on s'apprête à tracter


"Bonjour monsieur, vous qui êtes vieux,
Je suis d'accord, avant c'était mieux.
Bonjour madame, voici mon programme,
On y parle de la cause des femmes."


De stand en étal le chaland est brossé
Dans le sens du poil, c'est un gage de succès


"Je sens que vous croulez sous l'impôt,
Si vous m'élisez vous paierez zéro,
Je veux libérer les initiatives,
C'est là mon credo, ma raison de vivre."


Témoin de la scène, le primeur est maussade
Il souhaiterait faire siennes d'aussi belles salades


"Bonjour mon brave, en baissant vos charges,
Je vous permettrai de doubler vos marges,
Et si vous glissez ce bulletin dans l'urne,
En prime je vous offrirai la lune."


La campagne bat son plein et la place est en liesse
Quand verra-t-on la fin de ces stocks de promesses?
Aux chevelus on jure de raser gratis
Aux chauves on promet des bobs pastis
C'est la grande foire aux idées
C'est le b.a.-ba du swing du marché


Peu après l'élection, les serments sont brisés
Le jeune élu répond aux électeurs floués:


"Au vu du bilan du maire sortant
Je dois revenir sur mes engagements
Afin d'honorer ces moult factures
Veuillez m'accorder une nouvelle mandature."