La Main de votre Femme

 

Monsieur je vous écris cette lettre les mains moites
L'affaire est délicate
Vous saurez, je l'espère, vous montrer bienveillant
Vous me voyez épris d'un être qui vous est proche
Certains me le reproche
Heureux qui sait faire fi de la bêtise des gens


J'ai rencontré la douce un matin de septembre
Le souvenir est tendre
Elle s'était égarée et cherchait son chemin
Bon prince j'ai couru au secours de la dame
Lui ai ouvert mon âme
Et transi lui ai dit: « Votre chemin est le mien! »


Monsieur je vous demande la main de votre femme
Nul doute, vu votre rang, qu'elle est un bon parti
De cette étrange requête ne faites pas un drame
Je serai, je le jure, un bien meilleur mari


Depuis ce jour tous deux pratiquons l'adultère
C'est un art bien précaire
Qui, je vous le confirme, offre peu de répit
De buissons dégarnis en hôtels de passe
Notre amour se cache
Lui qui ne demande qu'à grandir aux yeux d'autrui


Monsieur je vous demande la main de votre femme
Nul doute, vu votre rang, qu'elle est un bon parti
De cette étrange requête ne faites pas un drame
Je serai, je le jure, un bien meilleur mari


Sans doute pointe chez vous une once de défiance
Un brin de réticence
Mais je vous en conjure, changez de point de vue
Aux obscurs non-dits préférez un amour
Célébré au grand jour
Convenez qu'il vaut mieux être divorcé que cocu


Monsieur je vous demande la main de votre femme
Nul doute, vu votre rang, qu'elle est un bon parti
De cette étrange requête ne faites pas un drame
Je serai, je le jure, un bien meilleur mari


Monsieur je vous demande la main de votre femme
Si le coeur vous en dit vous serez mon témoin
De cette étrange requête ne faites pas un drame
Et de tous mes enfants je vous ferez parrain.

Le Swing du Marché

Aujourd'hui dimanche c'est le jour du marché
Sur toutes les places de France on s'apprête à tracter


« Bonjour monsieur, vous qui êtes vieux,
Je suis d'accord, avant c'était mieux.
Bonjour madame, voici mon programme,
On y parle de la cause des femmes. »


De stand en étal le chaland est brossé
Dans le sens du poil, c'est un gage de succès


« Je sens que vous croulez sous l'impôt,
Si vous m'élisez vous paierez zéro,
Je veux libérer les initiatives,
C'est là mon credo, ma raison de vivre. »


Témoin de la scène, le primeur est maussade
Il souhaiterait faire siennes d'aussi belles salades


« Bonjour mon brave, en baissant vos charges,
Je vous permettrai de doubler vos marges,
Et si vous glissez ce bulletin dans l'urne,
En prime je vous offrirai la lune. »


La campagne bat son plein et la place est en liesse
Quand verra-t-on la fin de ces stocks de promesses?
Aux chevelus on jure de raser gratis
Aux chauves on promet des bobs pastis
C'est la grande foire aux idées
C'est le b.a.-ba du swing du marché


Peu après l'élection, les serments sont brisés
Le jeune élu répond aux électeurs floués:


« Au vu du bilan du maire sortant
Je dois revenir sur mes engagements
Afin d'honorer ces moult factures
Veuillez m'accorder une nouvelle mandature. »

Un Homme, un Vrai

 

J'me suis pointé à la soirée
Un peu bourré, même pas rasé
J'avais la gueule enfarinée
Et l'haleine sacrément chargée
Je lui ai dit: « toi ma jolie,
Viens donc voir c'qui s'passe par ici,
Sûr qu'on t'a pas encore appris
Les plaisirs de la vie. »


J'crois qu'ça n'a pas plût à la belle
En réponse elle m'a mis une beigne
Puis elle s'est battue comme une teigne
Putain j'ai pris de ces châtaignes
Elle a enchaîné coup sur coup
Elle a même visé mes bijoux
J'ai dû prendre mes jambes à mon cou


Oh qu'il est dur d'être un homme, un vrai
Décidément le monde a bien changé


J'me suis r'trouvé à l'hôpital
L'oeil tuméfié et le teint pâle
L'infirmière était pas trop mal
Je lui ai fait mon récital
Elle m'a regardé fixement
Elle a déchiré mes pansements
Puis m'a dit de foutre le camp


Oh qu'il est dur d'être un homme, un vrai
Décidément le monde a bien changé


Un peu plus tard j'vais chez les flics
Me plaindre de violences physiques
A l'adjudante un peu rustique
J'fais des avances pas catholiques
Putain qu'est ce que j'ai pas fait là
Elle m'a collé une gauche au foie
Puis m'a j'té du commissariat
Comme un vieux scélérat


En face des flics il y a un bar
En un clin d'oeil j'suis au comptoir
La serveuse me sert mon Ricard
Là d'ssus j'lui propose un rencard
Avant même qu'elle m'ait répondu
Un videur m'est tombé dessus
M'a viré comme un malotru


Oh qu'il est dur d'être un homme, un vrai
Décidément le monde a bien changé
Oh qu'il est dur d'être un homme, un vrai
Décidément le vent a mal tourné


Je décide enfin pour me r'faire
D'aller voir une ex-partenaire
Je pense que j'peux encore lui plaire
Suffit que j'commette pas d'impair
Lorsqu'elle m'ouvre la porte de chez elle
Elle est dans les bras d'une belle
Vêtue d'une chemise arc-en-ciel
Que ce monde est cruel.

Les Mirages

 

Ce soir je sens l’odeur du monde
Ici se meurent les mirages
Ai-je passé le temps du voyage?


Dissiper l'envie de détours
Apprivoiser l'ombre alentour
De ce décor je suis l'otage


J’ai tout semé dans ce jardin
Et tout me revient
Les souvenirs enfouis en vain
Le corps et l’âme soudain s’en mêlent
Et tout me rappelle


Chères confidentes de mes chemins
Les étoiles filent dans mon jardin
Tout me revient
Là… comme un parfum qui se respire
Je me souviens


Ce soir j’ai l’humeur vagabonde
Je sens l’univers et ses ondes
L'horizon se dévoile enfin


Braver la routine mortifère
Sentir l’ailleurs et ses yeux fous
Je croise le fer avec la terre


J’ai tout semé dans ce jardin
Et tout me revient
Les souvenirs enfouis en vain
Le corps et l’âme soudain s’en mêlent
Et tout me rappelle


Chères confidentes de mes chemins
Les étoiles filent dans mon jardin
Tout me revient
Là… comme un parfum qui se respire
Je me souviens.

J'hésite

 

J'avais un projet de chanson
Traitant de procrastination
Mais ne trouvant pas de refrain
Je l'ai remis au lendemain


J'avais un projet de pamphlet
Sur les méfaits d'l'indécision
J'ai fini par y renoncer
Après des mois d'hésitation


Depuis le début j'ai du mal
A m'imposer, me montrer ferme
Je suis né sous péridurale
Plusieurs semaines après le terme


J'hésite, j'évite, parfois même je lévite
Je diffère, je me perds, souvent même j'exaspère


J'ai trouvé la femme de ma vie
Sur les bancs de l'école Jules Ferry
Un jour j'ai osé lui parler
Trop tard elle s'était mariée


J'ai pas réussi à choisir
Un métier pour mon avenir
J'aime bien la vie de lycéen
Aujourd'hui je suis le doyen


J'ai noté sur plusieurs post-it
Ce que j'dois traiter au plus vite
Les post-it sont devenus posters
J'ai encore des efforts à faire


J'hésite, j'évite, parfois même je lévite
Je diffère, je me perds, souvent même j'exaspère
Mais pourquoi ferais-je aujourd'hui
Ce que j'ai reporté hier?
Comme s'il suffisait d'une nuit
Pour qu'enfin tout en moi s'éclaire


J'ai consulté un spécialiste
Un psy comportementaliste
Il avait l'air en pleine errance
Ca m'a tout d'suite mis en confiance


Il s'est montré fort sympathique
Et m'a exposé sa tactique
Pour cesser de procrastiner
Et m'aider à me décider


J'ai trouvé ça intéressant
Je vais m'y mettre mais pas maintenant
Je me sens pris par le sommeil
Et puis la nuit porte conseil.

Le Prophète

 

Je suis persuadé d'avoir toujours raison
Je suis le seul à le penser, c'est con
Sur le grand altimètre de la certitude
Je culmine aux plus hautes altitudes
Ma femme m'accusait de rigidité
Du moins avant qu'elle ne décide de s'en aller
J'affirme que son départ est une absurdité
J'avais encore tant de choses à lui inculquer


Je suis le prophète
Je distille la vérité
Seul dans la tempête
De mes convictions je n'démords jamais


A mes parents je tenais tête faisant fi de leur âge
C'est p't-être pour ça que j'n'ai pas perçu d'héritage
Mes enfants me décrivent comme un père obtus
J'veux en débattre, mais bizarrement, je n'les vois plus
J'ai un p'tit perroquet qui me tient compagnie
Il m'est fidèle et jamais ne me contredit


Je suis le prophète
Je distille la vérité
Seul dans la tempête
De mes convictions je n'démords jamais


Le matin me rasant il m'arrive de penser
à tous les sots auxquels je me suis opposé
Et tout à coup ça y est, j'ai une révélation
J'ai p't-être eu tort d'leur montrer que j'avais raison


Je suis le prophète
Je distille la vérité
Seul dans la tempête
De mes convictions je n'démords jamais
C'est lui le prophète
Il distille la vérité
Seul dans la tempête
Je bannis le doute à jamais.

La Conspiration

 

Vous me trouvez là bouleversé par l'effroyable confidence
D'un vieil ami bien renseigné, à mon tour je brise le silence
Ce libre penseur insoumis d'une incroyable d'érudition
M'a révélé, preuves à l'appui, l'existence d'une conspiration


Il m'a parlé de tours jumelles détruites pas la CIA
Tandis que la thèse officielle accable le vieil Oussama
Il m'a parlé d'hommes de pouvoirs membres de sociétés secrètes
Qui délibèrent dans le noir pour se partager la planète


Il m'a décrit ces officines où l'on élabore des vaccins
assez nocifs pour qu'ils déciment des centaines de milliers d'humains
Sur ses conseils j'ai trouvé sage d'interdire la vaccination
De ma jeune fillette en bas âge: elle est morte des oreillons


Il m'a parlé de ces mouchards qu'on nous implante à la naissance
Afin que la caste au pouvoir nous tienne sous haute surveillance
D'un coup d'un seul j'ai couru, ni une ni deux je suis allé
Faire inciser toutes mes verrues, j'ai mal mais je suis libéré


Il m'a parlé d'la NSA et des écoutes téléphoniques
De ces pratiques hors la loi, franchement antidémocratiques
Pour éviter que l'on m'espionne j'ai trouvé la parade ultime
Désormais quand je téléphone, j'utilise le langage des signes


Il a cité les francs-maçons, le Grand Orient tentaculaire
Qui dans la plus grande discrétion dirigent la France d'une main de fer
J'ai licencié tous les maçons de la boîte dont je suis gérant
J'ai mis la clé sous l'paillasson, c'était une boîte de bâtiment


Puis il m'a dit que les Mayas avaient prédit la fin du monde
A trois reprises c'est vrai mais là, c'est sûr on va droit dans la tombe
J'ai rappelé tous les maçons que j'ai licenciés par erreur
Je leur ai confié la mission de me construire un p'tit bunker.

Les Rivages Amers

 

Ils cultivent les travers
Des luttes, ressortent délités
Ils bénissent les vents contraires
Ils chutent, se relèvent éméchés


Sur les rivages amers
S'invitent d'étranges passagers
Explorateurs éphémères
Ils sondent des horizons voilés


Et pourtant, lentement,
Leur message dissonant se répand
Bousculé, décrié,
Le discours dominant se distend


Ces compagnons de déroute
Consignent dans leurs carnets de bord
Les tragédies qu'ils redoutent
L'espoir, les rêves qui s'évaporent


Sur les rivages amers
S'invitent d'étranges passagers
Artisans d'une nouvelle ère,
Ils sondent l'horizon dégagé


Et pourtant, lentement,
Leur message dissonant se répand
Bousculé, décrié,
Le discours dominant se distend

Le Caïd

 

Il avait la gâchette facile

Le verbe acerbe, l'allure mutine

Il s'était érigé en monarque du crime

Dans les bars du vieux port on s'en souvient encore

Il était vraiment pas bien né

Fils de l'ennui et du vin bon marché

Il aurait pu prétendre à plus de bienveillance

Dès la plus tendre enfance il rêvait de revanche

Un beau jour tout a basculé

Elle lui a dit: « mon vieux j'me casse »

Elle avait pas choisi un jour approprié

On quitte pas un caïd la veille d'un gros casse

 

Son sang une seule fois a tourné

Au nez la moutarde est montée

Comment ne pas punir pareille trahison?

On traite pas un caïd comme le dernier des cons

 

Poigne de fer, sourire militaire

Sur le corps, les traces d'un séjour en enfer

Un regard de tueur, des cuisses de catcheur

Une pierre en lieu et place du coeur

 

On l'a revu un peu plus tard

Après quelques heures de mitard

Il s'était fait la belle au nez de son maton

On ne tient pas longtemps un caïd en prison

 

Il est revenu aux affaires

Hold up, arnaques et vielles combines

Mais ces activités ne semblaient plus lui plaire

On voit des gros caïds souffrir de la routine

 

Poigne de fer, sourire militaire

Sur le corps, les traces d'un séjour en enfer

Un regard de tueur, des cuisses de catcheur

Une pierre en lieu et place du coeur

 

Un jour au crime il a mis fin

Il est même rentré dans les ordres

Il a sans doute reçu un message divin

Au caïd repenti ne jetons pas l'opprobre

 

Aujourd'hui pendant ses sermons

Il est parfois pris de pulsions

Il rêve de dépouiller ses fidèles pèlerins

On change pas un caïd du jour au lendemain

 

Poigne de fer, sourire militaire

Sur le corps, les traces d'un séjour en enfer

Un regard de tueur, des cuisses de catcheur

Une pierre en lieu et place du coeur.